lundi 22 mai 2017

Le CDI, un espace à la croisée des chemins

De même que j'ai banni la notion de « lecture-plaisir » au profit de « lecture-loisir », je refuse de dire que le CDI est au « centre » de l'établissement, qu'il en est le « coeur».
Cette formule m'exaspère.
Le coeur pour le CDI, là où ça palpite, c'est ça ? Et les collègues, c'est les jambes ? On peut les couper sans dommage ?? Ils en disent quoi, les collègues, quand ils entendent dire que le CDI est au coeur de l'établissement ? Ils se sentent concernés par le lieu ? Et quand ils oeuvrent de leur côté entre les 4 murs de leurs petites salles de classes mal fichues et sans confort, ça ne vaut pas chipette ?

Vendredi dernier, j'ai vécu une journée particulièrement intense et variée. Un concentré de semaine. Vivre tout ça sur la même journée m'a permis de toucher du doigt le rôle du CDI dans mon collège.
Il est à la croisée des chemins. On s'y rencontre, on s'y croise.
C'est un lieu qui fait le lien entre des projets, et entre des individus, de tous âges et statuts. Un espace où le travail d'équipe est la règle.
Un lieu de ressources, parfois insoupçonnées : on y trouve des billes ou des haricots pour faire une expérience en math ou un loto en espagnol, des pics en bois ou des punaises, des livres documentaires ou des tablettes chargées, un lecteur de minicarte SD, un conseil pour organiser un projet, une aide pour l'animer.
Un espace calme et ressourçant, aussi. Une bulle.
Je ne met pas d'échelle d'importance dans ces ressources, ce n'est pas le sujet de cet article. Et puis j'ai décidé depuis septembre 2016 de voir la vie en rose.

Il arrive bien sûr que des projets ne soient pas en lien avec le CDI, ni avec moi. Je ne les connais même pas. Pas grave.
Mais pas sans conséquence. Aucune trace sur le site, aucune valorisation en interne, pas de lien avec un autre projet dont j'aurais connaissance ou avec une compétence info-doc qui aurait déjà été sollicitée. Et pas d'aide de ma part sur les heures d'étude (mais ça, c’est parce que je suis un peu peste).

Ce lieu à la croisée des chemins, cela pourrait être la cafeteria d'un lycée, ou le foyer des élèves. Mettez un adulte référent dans une pièce, laissez-le gérer l'ouverture toute la semaine, donnez-lui un budget, un esprit ouvert et attentif aux demandes, et c'est le foyer ou la cafeteria qui deviendra le coeur de votre carrefour.
En l'état actuel de la réflexion sur ce que doit être un établissement bienveillant et accueillant, il faut avouer qu'aucun autre lieu que le CDI ne concentre aujourd’hui les atouts nécessaires pour devenir un carrefour (et pas le centre, répétons-le) et un catalyseur.

Rien de mieux que de vous faire vivre ma journée de vendredi dernier, pour vous faire comprendre le sentiment d’accomplissement que j'ai ressenti, l’impression d'être à ma place.
Dans les moments de doute, quand je me dirai que je n'ai pas assez oeuvré pour la compréhension du monde des médias, pour la maîtrise parfaite de la notion de source ou d'identité numérique, je me repasserai le film de cette journée. Depuis quelques mois, depuis que mon cerveau doit digérer le cataclysme causé par les attentats, la montée du front national, je me dis qu'un élève qui est heureux à l'école, qui parle aux autres, les écoute, les comprend, qui joue, qui est curieux, qui est autonome, qui est lecteur, c'est peut-être plus important que tout ce que je me suis attachée à mettre en place ces dernières années, et que j'ai eu la sensation de perdre avec la réforme (réforme que j'appelai de mes vœux, et que j'espère encore voir tenir bon).
Voici donc une journée parmi d'autres. Elles ne sont pas toutes aussi riches, mais ce concentré ressemble assez à une semaine classique.
Quelques liens vont mèneront vers les articles où j'ai déjà développés certains projets.


7h45 – Je pose mes 4 sacs au pied du bureau collaboratif, sors la thermos et mon mug, allume l'ordi, et vais ouvrir les 3 autres portes du CDI ainsi que celles de la salle informatique annexe.


7h55 – Arrivée de la classe de 4e avec laquelle la collègue de français et moi, on a commencé mercredi un travail sur les Misérables. On a entre autre revu la recherche d'image inversée, abordée l'an dernier en 5e. J'ai déjà vu la classe pour trois projets, on se connaît bien. Ambiance studieuse et affairée. Ils ont fait des sacrés progrès.
A la fin de l'heure, certains ont terminé, d'autres ont mis leur travail sur clé ou folios, pour terminer à la maison ou en étude.

Comme on est en salle info, le CDI est libre pour la classe de 6e qui a Vie de classe. Ils préparent leur voyage de fin d'année. La collègue a fait le journal des 6e pour les CM2 avec moi et sa classe, elle s'est dit que ce serait bien d’utiliser le même outil pour créer le journal de leur voyage. Elle a lancé les élèves sur des recherches et des brouillons, et me sollicite en fin d'heure pour que je mette en place la maquette du journal. Ils n'ont pas besoin de moi, les élèves sont habitués à travailler en équipe au CDI, ils sont autonomes et la collègue est comme chez elle. Je les vois à travers la porte vitrée de la salle info, ça fait plaisir de les voir affairés.


9h – La classe de 6e reste, c'est leur première heure du projet lecture inter-générationnel qui a lieu cette quinzaine.
Les 5 bénévoles sont déjà là, ils papotent.
Tout le monde s'installe, j'explique. C'est comme en octobre, je vous laisse choisir vos groupes et votre livre, un adulte va vous rejoindre à votre table. Cette fois-ci, vous allez découvrir des albums coups de coeur, choisis par toutes les personnes qui travaillent avec le CDI, libraire, bibliothécaire, bénévoles et élèves.
Je commence à expliquer le principe des pétales de fleurs pour écrire un petit mot en fin de lecture. Je rassemblerai leurs pétales pour créer les fleurs affichées à côté des livres.

Huit classes sont déjà passées depuis mardi, les grilles commencent à se remplir.

Je suis interrompue par l'arrivée de deux élèves de 5e, qui arrivent avec une grande affiche colorée.
Je sais ce que c'est, je pourrais poser l'affiche et continuer sur mes fleurs, mais tiens, c'est mieux si elles expliquent à tout le monde ce que c'est. Je leur laisse la parole.


« La prof (au passage, je savoure ! Il n'y a plus de petits plaisirs dans la vie d'un profdoc de nos jours) nous a demandé de lui créer un lexique pour pouvoir parler en allemand quand elle vient faire des rappels de livre en cours d'allemand. On a fait un concours, ça c'est la première affiche, les autres ne sont pas terminées. »

Les filles repartent, ravies je l'apprendrai plus tard, de pouvoir dire que j'étais fière et émue.
Je l'ai peut-être un peu trop surjoué, mais apparemment, j'ai bien fait.



9h50 – Sonnerie de la récré, les derniers groupes de lecture achèvent leur livre, les élèves de la récré commencent à arriver.
Des 6e doivent emprunter un petit roman pour faire un résumé en anglais sur un padlet. Des 4e de ce matin viennent récupérer leur fichier sur folios. D'autres demandent à imprimer, récupérer un fichier. Une élève de 3e veut le tome 3 d'une série rangée dans le placard des séries, je m'occupe d'elle en priorité, les 3e lectrices, je leur déroule un tapis rouge invisible… On me demande si la nouvelle énigme scientifique est arrivée.

Avec tout ça, je n'ai pas eu le temps de débriefer avec les bénévoles.
Je suis rassurée quand je vois qu'ils ont pris leurs habitudes autour de la table des invités, se sont servi à boire et grignotent en se racontant leurs impressions de cette première heure de la journée.


Je vois tout d'un coup une personne que je ne connais pas. Mince, j'avais oublié qu'une collègue vient ce matin chercher les crayons récupérés par le club recyclage ! Je lui montre les boites qui permettent de récupérer les crayons dans les salles, et je regarde autour de moi. Ouf, le groupe de garçon en charge de la récup est là, je leur explique rapidement, ils prennent en charge la collègue et l'aident à porter les cartons.

Un garçon de 6e me suit depuis un moment, j'arrive enfin à l'écouter. Il veut savoir si je prête les jeux d'échecs. Je me pose une seconde pour réfléchir à sa demande. Non.
Mais pourquoi pas.
On a 40 joueurs d'échecs au collège, et largement ce qu'il faut en plateaux. Ils jouent en club le midi avec des bénévoles mais aussi en fin d'heure d'étude au CDI. On cherche une boite vide d'Ovomaltine, idéale pour mettre sans danger les pièces dans le cartable, on roule le plateau, un élastique. Va pour le prêt, je verrai plus tard pour officialiser.


10h10 – ça sonne, tout le monde sort, rien n'est dérangé. Comme à chaque fin de récréation, je prend quelques secondes pour savourer cette parenthèse où on a l'impression que tout le collège s'était donné RDV, et est reparti sans laisser de trace. Il y a eu un creux de fréquentation quelques semaines, je me suis fait peur. Mais c'est reparti.

De toute façon, les Z viendront au besoin ce midi tout remettre d’aplomb.

Avec les bénévoles, on attend la classe suivante. Des 5e qui ont déjà fait le projet l'an dernier avec les albums et cette année avec des romans d'aventure.
On explique, on s'installe aux tables, je laisse lire, tout en découpant des pétales et gardant un œil sur tout mon petit monde, et profitant de l'ambiance sereine.
Je pensais avoir un répit de découpage avec les 5e, mais non, ils veulent écrire comme les autres. Soit. Je découpe.
Heureusement, j'ai récupéré des dizaines de dossiers cartonnés de toutes les couleurs d'une personne qui a son bureau au sein du collège. Elle a rangé, et moi j'ai engrangé. Les Z ont tout trié par couleur et épaisseur. Pratique, et joli sur les étagères ! (on les voit derrière la table-buffet)


11h – Changement de classe, encore une 5e.
Un garçon regarde autour de lui : « Elle est pas là, Jacqueline ? » Il a lu avec elle la dernière fois, il s'en souvient. En sortant, il dira à sa lectrice du jour : « A l'année prochaine ».

Je délègue à mes intervenants déjà bien rodés le soin de faire rouler cette heure.
Je découpe, je profite.
Un coup d'oeil sur ma messagerie, pour vérifier si aucun bénévole n'a de contre-temps, et si l'école primaire m'a répondu pour notre projet de rencontre lecture.

Le collègue redécouvre le CDI, il a peu le temps de venir, il court partout, et avec la réforme, il est dans le jus. Il voit les liseuses, on cause lecture numérique et format epub. Lui aussi, profite. Il regarde ses élèves penchés sur des albums. Ils posent des questions, font des remarques, rient.
Des gars n'osent pas dire à la bibliothécaire qu'ils ont été émus par « Toc toc toc », mais l'écrivent sur leur pétale.



12h – Tout le monde part déjeuner, la pièce est vide quelques minutes.

Je met le panneau Ouvert devant le CDI dans le couloir, et m’apprête à recevoir les élèves du club du vendredi. Un groupe s'installe avec la peinture et les pinceaux, protège la table avec une nappe. Ils font une banderole qui leur servira mardi prochain. Ils en ont besoin pour leur vidéo sur Fairy Tail. Je les laisse, ils se débrouillent.

Je file en salle des profs réchauffer ma gamelle, une collègue me laisse la place au micro-ondes, ils savent que le midi, je ne peux pas trop attendre mon tour. Le CDI reste ouvert en continu. Comment refuser les lecteurs ? Et puis si je ferme, ils ne viennent plus ; les habitudes se perdent vite à cet âge. De toute façon, ça prend trop de temps de fermer 6 portes !

En sortant de la salle des profs, je vois une boite triangulaire. On me dit que c’est la boite créée par les élèves de la segpa, en atelier, pour recueillir les commandes des parts de pizza que les élèves fabriquent en atelier. Je repars chercher l’appareil photo, les coachs de 4e segpa la mettront sur le site.



Peu de monde ce midi, je m'assois avec mon riz devant ma messagerie, histoire de respirer un peu.

Une collègue d'anglais passe. Celle des emprunts 6e du matin. Entre deux bouchées, je lui montre les portraits de lecteurs d'il y a 3 ans. Elle est emballée, on pourrait le faire en anglais avec les 6e en juin. Je lui envoie le lien vers la version numérique, elle verra quelles structures grammaticales elle pourra faire utiliser aux élèves. Avec moi, ils réviseront du coup la prise de « photo pour internet », tout un art, il ne faut pas voir les visages, la récupération/insertion, la mise en page, la typo. Et on les fera parler d'eux et de la lecture, un des moyens pour les faire devenir lecteur.
Avant, on prend RDV pour terminer la vidéo de slam.


13h20 - Retour des bénévoles, c'est l'équipe de l'après-midi. Je souhaite la bienvenue à deux nouvelles personnes dans la troupe.
Au total, sur les 15 jours, 28 bénévoles (dont 7 hommes) vont se succéder, jusqu'à 7 par heure, pour lire avec les élèves. En tout, 14 classes bénéficient de ce dispositif inter-générationnel, sur les 27 du collège. Et cela deux fois par an.


13h25 – Une des classes de 3e segpa arrive.
Je les félicite pour le repas pédagogique de la veille, j'avais annulé mon club du midi pour pouvoir y aller. J'ai pris plein de photos pour le site du collège, les coachs de 4e publieront.
Pour la lecture, on est rapidement dans le vif du sujet. Ils sont en terrain connu, ils participent depuis la 6e. Une élève reconnaît une invitée, elles en profitent pour se donner des nouvelles. D'ailleurs, je vois qu'aux tables, ça cause de l'an prochain, tous les élèves ont un projet professionnel, et les adultes les interrogent avec une vraie curiosité.

Pendant que les groupes commencent la lecture, deux élèves de 4e segpa arrivent avec un menu de cocktail.

Le collègue a l'air au courant : il commande son cocktail. Et moi, je veux quoi ? Je découvre qu'ils ont travaillé sur les densités des liquides en sciences. Pour concrétiser les cours, ils ont créé des mélanges qui ne se mélangent pas, et proposent de nous les faire goûter. On commande pour tous les adultes.

Les cocktails magnifiques commencent à arriver, les invités sont ravis et impressionnés. Je prends des photos. Encore du boulot pour les coachs.

Entre deux albums, mon collègue me glisse qu'il est OK pour le mannequin challenge l'an prochain, pour présenter la Segpa. On s’organisera en juin.


14h25 – Départ des 3e, arrivée des 6e, changement d'ambiance sonore...
C'est leur première heure, donc je commence par expliquer. Je m’interromps pour récupérer mon cocktail qui vient d'arriver. Tête bizarre des 6e !
Difficile de laisser passer sans demander aux élèves de 4e d’expliquer leur projet. Ils font ça très bien, je les félicite. L'un d'eux me dit que c'est pas lui qui sait, c'est la prof qui leur a expliqué. Je lui fait remarquer que maintenant, c'est lui qui sait ! Je renouvelle mes félicitations, il a l'air touché. La classe de 6e applaudit.

Je refile mon cocktail à la CPE venue profiter de l'ambiance et saluer tout le monde. Elle repart à la vie scolaire son verre multicolore à la main. L'arc en ciel change de main, et de pièce.

On s’installe aux tables, je prend un groupe en charge aussi, on est un peu juste cet aprem.
Les filles ont terminé le livre, elles rédigent leurs pétales. J'en profite pour aller créer quelques fleurs, je les rajoute sur les grilles.


15h20 – Récré, et fin de la semaine.
J'ai pris ma dernière heure, j'ai rattrapé hier matin en arrivant plus tôt. J'en ai plein les bottes, des bottes de toutes les couleurs, mais quand-même !
Et je veux aller au départ en retraite d'une copine doc qui paie son coup.

On débriefe avec l'équipe de l'après-midi, on termine la brique de jus, et voilà qu'arrivent deux lecteurs de la veille, dont notre animateur échecs. Ils ont les bras chargés des jeux prêtés à une école primaire. C'était leur journée du tournoi, après 1 an à jouer avec des plateaux en cartons et des pièces fabriquées maison, ils ont pu jouer avec des vrais plateaux.

Ces deux-là ont l'air aussi ravis que nous.

La CPE repasse. C'est bon, j'ai les CM2 mardi à 14h30, c'est arrangé. Je vais pouvoir lancer des invitations aux bénévoles, pour savoir qui viendrait en plus mardi pour faire le projet avec des CM2 en visite au collège. Deux des personnes présentes répondent déjà présentes, elles seront là.
Reste à guetter la messagerie ce week-end.


Une sacrée journée, une sacrée semaine.
J'ai écrit pour me souvenir. Et je partage pour rendre peut-être le sourire à des collègues qui se demandent, comme moi un peu trop souvent : à quoi je sers ?

mercredi 17 mai 2017

Lecture, le moral remonte

J'ai commencé à mettre en pratique ce que j'avais annoncé dans mes billets d'avril.

1- Deux nouveautés d'un coup : la visite du libraire BD, et un premier flyer !
15 élèves sont venus pour écouter la présentation des livres, et chacun a pu en choisir un pour le CDI. La photo de la rencontre sera affichée sur la grille avec les BD achetées.

2- Attitude davantage invasive :
- Distribution des fameux flyers aux lecteurs aux tables, aux récrés et sur les heures d'étude. Une vraie marchande de tapis...
- Je me force aussi à aller davantage causer lecture aux élèves, leur proposer des lectures, des activités. 
Il est beau mon projet !!


3- Programmation d'une visite à la librairie, avec repas de cantine à 12h avec les élèves, tous ensemble à la cantine (je pense que le FSE va offrir le repas aux externes qui voudraient venir) puis départ en bus, et retour après le 1er cours de l'après-midi. Ce sera dans 1 mois. Je vais faire des flyers !!


4- Je prépare activement l'enquête lecture pour avoir des données objectives. La remarque d'une élève de 3e m'a donné un coup de boost :
"Madame, c'est pas parce qu'on n'emprunte pas qu'on ne lit pas !"
Je m'inspire des questions de l'enquête du CNL déjà citée dans un billet précédent.
Pour l'instant, ça donne ça :


Je l'ai testée sur 4 élèves de profils différents, et pas mal modifiée.

Je pense la faire remplir sur papier, pour pouvoir avoir une idée d'ensemble des profils classés comme je l'avais déjà fait dans une précédente enquête.
Puis je vais mettre des Z devant les ordinateurs pour remplir un formulaire numérique, pour aller plus vite dans le dépouillement, et avoir des camemberts tout (l'accord de tout, je sais jamais !) beaux à communiquer.


5- L'année prochaine, je vais recréer un vrai club lecture, qui s'appellera... "club lecture".
Commandes, tamponnage, étiquetage, photo des achats dans facebook et site du collège, visite à la librairie, rencontre avec les libraires ou bibliothécaires. Et fameux repas de cantine ensemble après, comme un copain à qui je pique l'idée.
Ce sera toute l'année, le vendredi à 12h, parce qu'il n'y a aucun club ni AS ni chorale le vendredi. J'ai déjà commencé à en parler (cf point 2 !), ça a l'air de plaire.


6- J'ai aussi proposé aux écoles primaires du secteur du collège de venir faire participer leurs CM2 au projet lecture traditionnel qu'on organise deux fois par an avec des bénévoles, histoire de commencer à créer des liens de lecture. Deux écoles sont déjà inscrites.


Il me restera encore à faire :
- un zoom sur la lecture numérique : j’achèterai des nouvelles liseuses en septembre, j'ai obtenu le budget, et je prévois de passer à la rentrée les présenter dans les classes, et montrer aussi comment lire un livre numérique sur son smartphone ou sa tablette.
- des bulletins "vous avez aimé... vous aimerez" en libre service ou en marque page

Et pour arrêter de me plaindre alors que tout va bien, je vais faire un tableau avec les choses à faire, et des croix quand je le fais !

 J'entends chaque heure le chariot des livres de la vie scolaire rouler dans le couloir : une croix !!

jeudi 4 mai 2017

Les coachs numériques, nouvelle organisation. Et ça marche !!

Document personnel
Sur la nouvelle affiche, il n'y a plus
de distinction 6e-5e et 4e-3e
Je vous ai déjà décrit les difficultés de ce lancement de coachs.

Il faut croire qu'il fallait un certain temps de maturation. Maintenant, c'est le printemps, les graines poussent, et le résultat est franchement satisfaisant.
La rédaction de l'article m'a obligé à réfléchir aux raisons du fiasco. C'est la raison d'être première de ce blog : m'aider à progresser dans ma pratique, en m’obligeant à avoir un regard critique sur mes activités.

Il faut avouer que c'est l’ouverture aux 6e qui a précipité les améliorations. Ils sont maintenant 28, de la 6e à la 4e.

Important (mais pas évident psychologiquement, on a des scrupules) : si deux élèves se présentent pour une formation, je leur consacre le temps nécessaire, comme s'ils étaient 5 ou 6, ou une classe entière. Il est impossible d'essayer de gagner du temps en les rassemblant, ils n'ont pas les mêmes heures d'étude, et le midi on n'aurait pas les externes.

Voici les différentes étapes de leur "formation", c'est maintenant pas mal rodé.


1- Présentation et mise à l'épreuve de leur motivation
Je commence par leur présenter l'affiche que j'ai faite sur les parcours.
Document personnel

On fait un zoom sur le parcours citoyen avec EMC et EMI. J'explique que cela demande de l'investissement, un engagement, du sérieux.
Ils sont partants ? Alors on passe à la suite.


2- Garder une trace
S'ils veulent pouvoir présenter le projet au brevet, et s'ils veulent que je puisse noter sur leur bulletin des informations concernant les compétences acquises, il faut qu'on garde une trace de leur travail.Moi, dans le classeur, et eux, sur un document (pour l'instant un padlet personnel pour les 6e, plutôt Folios pour les autres).
Document personnel

Qui dit padlet personnel dit compte, donc adresse Laposte.
Je distribue les courriers aux parents : autorisation de faire coach et engagement de l'élève, autorisation de créer une adresse avec moi (courrier que j'ai modifié à partir du modèle légal).
Document personnel
Le courrier aux parents, simplifié considérablement


3- Création d'un pseudo et d'un avatar
C'est la première étape, celle qui va leur faire prendre conscience qu'ils appartiennent à un groupe (tiens, ça me rappelle quelque chose... Ce serait pas mon dada du moment, ça ?).
Je leur montre la rubrique coach dans esidoc, c'est le point de départ de tout, il faut que cela devienne un réflexe pour eux. Il y a deux sites pour créer un avatar, ils choisissent leur préféré, et du moment qu'ils restent corrects, et essaient de conserver un élément distinctif pour qu'on se reconnaisse entre nous, ils ont le champ libre. Ils peuvent changer de couleur, se couper les cheveux.
Les pseudos doivent rester corrects, il faut s'assurer qu'il n'est pas fait référence à un jeu violent par exemple.
Sur le padlet des coachs (soumis à modération), ils collent leur avatar, notent leur pseudos, et j'ai rajouté dernièrement qu'ils essaient de se décrire en quelques mots.
Capture d'écran
Cherchez la doc...
Ils apprennent du coup à utiliser padlet. Et c'est important, puisque j'ai finalement opté pour ce système pour publier les travaux des classes sur le site du collège : des padlets ouverts en écriture, modérés par moi.


4- Création de l'adresse La poste (pour pouvoir créer des comptes personnels sur des outils en ligne)
Une fois que j'ai récupéré les autorisations pour créer les adresses, on se connecte au site LaposteEducation.
L'accord autorise prénom.nom, j'ai donc arrêté de me poser la question de l'anonymat.
Il faut leur indiquer deux choses : on ne remplit pas tous les champs, on ne coche pas toutes les cases. Ils repartent avec le bas de la feuille remplie avec leur adresse et leur mot de passe, à conserver à la maison.
On crée ensuite un alias avec leur pseudo.


5- On peut ensuite créer le compte padlet à partir de l'alias Laposte
Il peuvent donc gérer seuls leur mur personnel, pour conserver une trace de leur travail.
C'est très intéressant de les entendre parler de leurs murs padlets. Ils ont le droit d'en créer un personnel, en plus du journal de coach. A les entendre se demander "c'est ton perso ?", on voit qu'ils ont compris qu'ils doivent séparer le public du privé. 
Les voir m'a donné une idée : je pense leur montrer comment créer un sommaire de leurs sites favoris avec padlet en 6e, et les faire passer à Netvibes en 5e, pour aborder la notion de flux rss. On peut parler de l'empreinte carbone quand on leur fait faire ces sommaires, puisque cela évite de chercher à chaque fois dans google. Je l'ai fait avec un élève de 4e, il a très vite vu comment s'en servir.

Une élève de 4e teste lino-it, pour voir si on pourrait remplacer padlet. Elle a l'air emballée. On verra. J'aimerais m'assurer que dans deux ans, padlet ne dise pas à mes coachs : pour continuer à travailler sur notre site, payer ceci... Fatalement, c'est ce qui nous pend au nez.


6- Le matériel
On intercale de temps en temps le fonctionnement des liseuses, du scanner, des micros USB, et des tablettes pour prendre et récupérer des photos.
A chaque fois, je coche dans le tableau si c'est fait.
Exemple d'application : une collègue de français trouve que ses élèves ont fait du bon boulot. Elle a sélectionné quelques travaux, et ce sont les coachs qui scannent, mettent le tout bout à bout dans libre office dessin, exportent en pdf et importent sur un site de création de livre "qui se tourne" (j'ai abandonné Youblisher pour flipsnack). Ils le mettront ensuite sur le padlet des travaux des classes.


7- Les journaux
Depuis que j'ai lancé des groupes sur Madmagz avec 1jour1actu (voir le billet correspondant), je montre aussi aux élèves concernés comment ça marche, et ils sont mes adjoints quand la classe vient pour le projet. On est davantage à pouvoir courir partout, c'est bien utile.
J'ai testé un vendredi soir à 15h30 avec des 6e, j'étais assez ravie d'avoir Mama avec moi pour m'épauler. Les élèves de la classe avaient tout à fait compris son rôle, et lui ont demandé des coups de main.
Et quand presque tout le monde a terminé, mais qu'il reste encore 2-3 trucs à terminer, mais que je dois passer la classe à autre chose, ce sont les coachs qui peaufinent en dehors des cours (photos, titres et chapôs...).


8- Autres projets
Il y a des sites à tester dans esidoc, les plus dégourdis y vont tous seuls.
Selon les classes, je leur montre tel ou tel outil ou site qui va leur être nécessaire.
Et il y a maintenant aussi des vidéos à regarder, pour qu'ils renforcent leur culture numérique et historique d'Internet. Les liens vont être mis dans esidoc, il faut que je structure ça, et ils retrouvent ces vidéos capturées sur les tablettes, sur le bureau collaboratif !

Voilà, on est tout contents !

jeudi 20 avril 2017

Un bureau collaboratif

Inspirée par un article d'Hélène, de l'Odyssée d'Ln, j'ai entrepris juste avant les vacances de transformer mon bureau en plateforme collaborative. Il me fallait bien ce type de projet pour me motiver à ranger !

Il est toujours au milieu de la pièce, c'était déjà le cas, mais il est désormais deux fois plus large (j'y ai rajouté le bureau de travail manuel qui est censé me servir à couvrir les livres, et qui était caché derrière dans un coin), et mes piles ont disparu. Des tiroirs étiquetés accueillent les projets en cours, et je me suis engagée à ne plus rien poser sur ce bureau si ce ne sont que mes affaires. Je m'autorise une caisse (verte) maximum de bazar.
A la rentrée, je récupérerai des chaises pour en faire tout le tour, et inviter ainsi les élèves à s'y installer.

Ils y trouvent les liseuses, les tablettes avec des vidéos téléchargées pour mes coachs ou les curieux (culture numérique), l'origami, la table des Z, les livres à ranger, les livres neufs à tamponner, les journaux en cours à corriger...

Avant
Une photo valant mieux qu'un long discours, voici un Avant-Après.
Avant
Photo personnelle
Après (liseuses et tablettes de ce côté)

Photo personnelle
Après


Z, livres audio et livres à tamponner



J'étais hyper déçue le lendemain, il a fallu que je leur mette le nez dessus pour qu'ils voient le changement. Ils sont comme moi, le bazar, ils s'habituent. J'ai pu voir qu'ils ne regardent pas plus le bureau que les affiches !

En tout cas, cela m'a permis de ranger et de continuer à mettre en oeuvre la technique 5S (billet plus ancien).

Une fois expliqué, le concept leur a beaucoup plu. Et j'ai senti que cela allait être un atout de plus dans ma lutte pour créer un esprit collectif (cf billets précédents sur la lecture).

jeudi 6 avril 2017

Des chiffres et des lettres : les statistiques à l'appui de ma stratégie lecture

Des chiffres pas sympas ?


J'ai cité dans un précédent billet le nombre d'emprunts cette année :
- environ 1000 prêts cette année à ce jour, contre 2000 l'année dernière, avec deux mois de plus
- 400 BD et manga contre 800 l'an dernier
- 383 romans (dont 125 romans prêtés dans le cadre d'un emprunt obligatoire en français) contre 1015 l'an dernier
C'est pas fameux.

J'ai utilisé le module tout fait dans BCDI, statistiques de prêts par classe, pour voir le nombre d'élèves qui ont emprunté par classe.
On voit qu'il y a eu 250 emprunteurs (au lieu de 381 l'an dernier).
En troisième, où il n'y a eu aucune visite de classe au CDI (ni pour la lecture, ni pour la recherche documentaire), on compte 2 ou 3 emprunteurs par classe.
Bon.


Voyons maintenant qui se cachent derrière les fiches de prêt, pour relativiser éventuellement le désastre.


Qui se cachent derrière les 1000 prêts ?
Pour savoir si les 125 emprunteurs des projets lecture en français ont emprunté aussi d'autres livres, j'ai utilisé la formule suivante dans Recherche/ Emprunteurs :
Statut M. = ~Elève~ et Liste Prêts supérieur à
Voici les résultats :
supérieur à 1 = 148
supérieur à 2 =105
supérieur à 3 = 84
supérieur à 6 = 48

On voit qu'une centaine d'élèves a emprunté une seule fois, sans doute pour l'emprunt obligatoire en français. On ne saura jamais si parmi les 25 autres, certains ont emprunté suite à cette sollicitation, ou auraient de toute façon emprunté, étant déjà lecteurs.
Finalement, quelque soit les années et le nombre d'emprunts au total, on tombe très vite à 150 emprunteurs (plus de 1 ou 2 emprunts selon les années), puis à une cinquantaine d'emprunteurs très actifs.

Donc, la différence cette année, ce n'est pas tant la baisse du nombre d'emprunteurs volontaires que la baisse du nombre de livres/élève, y compris parmi les gros lecteurs.
Parmi les explications possibles, il y a la baisse des emprunts obligatoires ou encadrés (baisse des heures où les enseignants prévoient des moments de lecture sur place avec emprunt facultatif ou obligatoire) et l'arrêt total des sollicitations de lecture en 6e et 5e dans le cadre des heures EMI-CDI.

La lecture sur place pendant les heures d'étude ne me semble pas en baisse. Cependant, elle ne concerne que les BD/mangas et un peu de magazines.
Et il y a moins de visiteurs à la récré ou le midi, les temps forts pour les emprunts d'habitude.

Tout cela est à la fois totalement désespérant (on ne sert sans doute pas à grand chose...) mais aussi porteur d'espoir, puisque je perçois mieux les différents profils. La solution est peut-être dans le profilage des actions, et pas dans "la même chose pour tout le monde".


Alors, 50 lecteurs (presque 10% des élèves) : un chiffre incompressible ? 

Est-ce possible ?
Si j’arrêtais toutes les incitations, est-ce que ces 50-là seraient toujours lecteurs ? On ne va pas tester... Même si la réponse m'intéresserait, je vais laisser l'hypothèse in-vérifiée...


Une statistique conforme aux statistiques nationales ?

Si j'en crois ce site, je ne suis pas loin des 12 % annoncés pour la tranche d'âge collège. D'autant qu'avec un collège majoritairement masculin, sportif, et avec une grosse segpa, je cumule les handicaps statistiques.
Mais si j'en crois celle-ci, ils sont 74% en collège à lire pour le plaisir..


Du coup, l'analyse de ces chiffres me permet d'affiner le plan de bataille décrit précédemment :

Ou comment concilier les maths avec la lecture. L'esprit d'équipe, vous dis-je !

- Je vais arrêter de me prendre la tête : je peux faire "au mieux", mais pas forcément "beaucoup mieux" ! (Et là j'entends quelqu'une qui râle : "Arrête ton char, tu adores te prendre la tête !!")

- Il faut absolument que j'arrive à faire mettre en place davantage de projets pédagogiques avec les collègues pour faire lire des romans sur place (1er pas vers l'emprunt).

- Je vais relancer la lecture numérique, avec l'achat de 4 nouvelles liseuses à la rentrée de septembre. Les 4 précédentes sont vieillissantes et plus du tout attractives. Il faut aussi que j'investisse dans des romans récents.

- Je vais veiller à mettre en place toutes les idées des précédents billets, reprises dans le plan d'action diffusé à ma direction.

- En m'aidant du logiciel de prêt, je vais lister qui sont les petits emprunteurs (il y en a une centaine) et les cibler par des actions adaptées à leur profil pour qu'ils aillent grossir les rangs des "50.

- Je peux mieux cibler aussi les 50 "gros" emprunteurs, pour qu'ils soient consolidés et accompagnés dans leurs pratiques de lecteurs : invitations individualisées, sollicitations directes, conseils de lecture.

- Ah oui, aussi : j'ai placardé sous le préau des affiches indiquant que le CDI est ouvert à la récréation du matin ! C'est ballot, mais si on oublie de leur rappeler, ils l'oublient...

ça parait bête ? 2j après, j'ai doublé les visiteurs ! Et il pleut même pas !

- Et je vais, dès la fin du projet journal CM2, faire lire les 6e sur les heures au CDI !


A faire, aussi : trouver le questionnaire qui a servi à cette enquête, pour la faire passer à mes élèves !
Capture d'écran
Enquête Ipsos pour le CNL en juin 2016

Je sais bien qu'il n'y a pas que le CDI comme source d'approvisionnement en livres, mais de là à dire que 40% de mes élèves lisent tous les jours... Il me faut ce formulaire d'enquête !
(22 avril 2017 :  j'ai mis la main sur l'analyse détaillée de l’enquête, il y a le lien vers le formulaire en annexe, mais je n'arrive pas encore à l'ouvrir. Je n'ai pas dit mon dernier mot !)

Heureusement, il y a des choses qui marchent bien.
Après quelques mois de jachère, tout démarre en même temps, ce qui explique le nombre de billets en ce moment ! J'ai plein de choses chouettes à raconter. 
Comme les coachs, par exemple. La nouvelle formule est une réussite, je suis contente. Je fais le bilan et je publie. 
Entre temps, j'ai aussi rangé mon bureau. Sissi. Avec un nouveau concept picoré sur le site d'Ln. J'ai fait des photos !